Union Valdôtaine de Paris

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Le franco-provençal valdôtain

9 - Découvrez la Vallée d'Aoste - Le franco-provençal valdôtain Le valdôtain est une variété de la langue arpitane (ou francoprovençale), l'une des trois langues traditionnelles de l'espace gallo-roman, avec l'occitan au sud, et le français (langue d'oïl, avec ses dialectes) au nord. La Vallée d'Aoste se trouve à la limite sud-est du domaine francoprovençal, qui comprend toute la Suisse romande (sauf le canton du Jura), une partie du Jura français, la Bresse, le Bugey, le Dauphiné, le Lyonnais, le Forez, et la Savoie. Les Valdôtains appellent ce parler le « patois ». Il n’existe pas qu’un seul patois dans le Val d’Aoste puisque chaque village a ses particularités, parfois même à l’intérieur d’une même commune on a du mal à trouver une variante homogène. Les patois valdôtains se divisent grosso modo en deux grandes groupes, les patois de la haute vallée et ceux de la basse vallée d’Aoste, c’est-à-dire respectivement à l’ouest et à l’est de la capitale régionale, Aoste. Cette division, qui relève de la géographie, de la culture et de l’histoire valdôtaine, se reflète dans l’expression orale de ses habitants : la haute vallée, proche de la France, présente beaucoup d’affinités avec les patois savoyards, de même que la Valpelline et la Vallée du Grand-Saint-Bernard en présente avec le Valais suisse et la basse vallée avec le Piémont. On peut cependant affirmer que, malgré les différences parfois remarquables que l’on peut relever entre les patois valdôtains, les habitants de toute la région parviennent sans problèmes à se comprendre entre eux, formant ainsi, d’un point de vue linguistique, une unité. Parmi les parlers valdôtains on rencontre une différence de base : la « langue d’O » et « la langue d’A », comme le remarquait déjà l’abbé Jean-Baptiste Cerlogne, auteur des premières études sur le patois valdôtain, c’est-à-dire la tendance à prononcer les mots avec des « A » ou bien avec des « O », comme par exemple « tabla » ou « tobla » («  table »). Dans la basse vallée, on constate la proximité avec les patois cisalpins (italiens) par le maintien d’un « h » aspiré qui disparaît en français (où ce processus est d’habitude signalé par un accent circonflexe) alors que les patois de la haute vallée le suppriment. C’est le cas par exemple pour le mot « tsahté » (« château »), qui devient tsaté en patois de la haute vallée (« castello » en italien). Autre exemple : « râteau » (français) devient « raté » (patois de la haute vallée), « rahtél » (patois de la basse vallée), à rapprocher de « rasté » (piémontais) et « rastrello » (italien). La position géographique de la Vallée d'Aoste, au carrefour de plusieurs cultures, se reflète dans le lexique de ses patois. Ainsi, on aperçoit une variété qui dépend de la géographie, de l'usage, des influences extérieures et des traditions. La traduction du mot « Renard » en témoigne. Dans la haute vallée, « reinard » (proche du français) ; dans la basse vallée, « gorpeuill » (probablement dérivé de l'ancien français « Goupil ») ; « Voulp » (proche du latin et du piémontais (« Vulp ») et de l'italien (« Volpe »)) dans les zones frontalières du Piémont. D’autres variantes existent pour ce mot. Le principal institut d’étude de l'arpitan valdôtain est le « Bureau régional pour l’ethnologie et la linguistique » (BREL), créé en 1985 à Aoste, dont le but est la sauvegarde du patois valdôtain à travers le recueil et le classement de données tirées d’enquêtes et de recherches sur le territoire. L'activité du BREL a permis la création d'archives en collaboration avec la « Médiathèque du Valais - Mediathek Wallis », la mise au point de la graphie à adopter pour écrire le francoprovençal valdôtain, et la production d'un manuel pour l'apprentissage (par les soins de Xavier Favre). Sur cette base, le BREL organise depuis une dizaine d’années des cours réguliers de patois, auxquels s’ajoutent parfois en été des séjours en montagne comme bains de langue. Les enseignant de « l'École populaire de patois » dispensent des cours également à Neuchâtel, en Suisse, la zone faisant également partie de l’espace arpitan. Le « Centre d’études francoprovençales » (CEFP) est un autre institut régional, ayant son siège à Saint-Nicolas, qui travaille en collaboration avec le BREL et d’autres instituts de recherche et d’étude linguistique de l’aire arpitane.

Situation actuelle

Même si l’italien domine largement dans la région, la connaissance du patois demeure un élément important du processus d'intégration dans la société locale et devient essentiel dans les communes valdôtaines, en dehors de la capitale. Les activités culturelles en patois sont nombreuses. Elles concernent notamment la poésie, avec des auteurs comme Marco Gal, les traductions du français en patois d’ouvrages comme « Le petit prince » ou « l’Ancien Testament » par Raymond Vautherin et surtout le théâtre, avec les manifestations du « Charaban » et du « Printemps théâtral ». La scène musicale valdôtaine est aussi fortement caractérisée par la musique et les chants traditionnels en francoprovençal. Le « Concours Cerlogne » est organisé chaque année par le biais de l'administration régionale en collaboration avec le BREL et le CEFP. Depuis la première édition en 1963, chaque année, environ 2 000 enfants d'écoles maternelles et primaires provenant de toute la Vallée d'Aoste, ainsi que de la Savoie, du Valais, des vallées arpitanes piémontaises et des deux communes arpitanes des Pouilles se réunissent dans une commune valdôtaine pendant trois jours vers la fin mai pour exposer les résultats de recherches et d'apprentissage de leur patois. En 2008, un guichet linguistique dédié au francoprovençal, « Lo Gnalèi », a été créé par la Région, dans la perspective de sauvegarder les langues minoritaires au sein de l’administration publique. Malgré les mesures prises par les autorités locales et l’enseignement envisagé du francoprovençal dans les écoles, force est de constater que depuis une quarantaine d’années le patois est en net recul, même si, selon des statistiques récentes, 38 % de la population en possède encore une compétence active. De fait, la plupart des enfants ne le parlent plus en famille ni entre eux. Seule une politique très volontariste pourrait empêcher qu’il ne s’éteigne avec les dernières générations pour lesquelles elle a constitué la langue maternelle.
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