Union Valdôtaine de Paris

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Histoire

Découvrez la Vallée d'Aoste - Histoire Antiquité anté-romaine

Habitée depuis l'Age néolithique par des populations pré-indo-européennes, la Vallée d'Aoste connaît, entre le VIIIe et le IVe siècle av. J-C, une migration de peuples celtes provenant du Nord de l'Europe et notamment de Gaule qui s'intègrent peu à peu à leurs prédécesseurs, très probablement des Ligures. Leur capitale, Cordèle, est située dans la vallée, à l'emplacement de l’actuelle cité d'Aoste. On a retrouvé divers éléments de cette époque sur l'aire mégalithique de Saint-Martin-de-Corléans, découverte en 1969, notamment 40 stèles funéraires anthropomorphes. On trouve également des vestiges sur la colline de Saint-Pierre, indiquant que des habitants s’y sont vraisemblablement installés il y a environ 5 000 ans. La Vallée d’Aoste a subi d’autres influences et brassages ethniques. C'est ainsi que sur la colline surplombant la vallée, près du village de Quart, au hameau de Vollein, a été mis à jour, en 1968, la plus importante nécropole préhistorique d'Italie du Nord (3000-2500 av. J-C). Les 60 tombes et les fragments de vaisselle découverts laissent supposer que les fondateurs de la nécropole venaient d'Anatolie. Cependant, la population serait très majoritairement de composition ligure-gauloise. Ce nouveau peuple appelé « Salasses » par les Romains, est apparenté aux Allobroges, leurs voisins établis en Savoie.

La soumission à Rome

Le premier contact entre les Romains et les Salasses se produit en 143. Les Salasses gagnent cette première bataille. Le Général Appius Claudius perd 10 000 soldats sur les 12 000 que comptent ses deux divisions. Mais trois ans plus tard, il prend sa revanche et tue 5 000 d’entre eux. Malgré le succès militaire, les Romains n'arrivent pas à les soumettre. Pendant plus d'un siècle, les Salasses tiennent en échec l'armée romaine et contrôlent le passage du trafic commercial à travers les cols, exigeant des péages de la part des marchands et même des troupes romaines qui y transitent. Un nouvel assaut, porté dans les années 35-34 av. J-C, quand désormais toute la Gaule Cisalpine et Transalpine est soumise, échoue à nouveau. En 25 av. JC, attirant les Salasses dans un piège en prétextant un pacte, les Romains font 36 000 captifs qu’ils vendent à Eporedia (Ivrea) et incorporent 8 000 jeunes de force dans la légion. Leurs meilleures terres sont confisquées et données à 3 000 vétérans romains. En 25 av. JC, la nouvelle ville d’Augusta Praetoria (Aoste) est fondée.

L'effondrement de l'Empire

Pendant tout le Ve siècle ap. J-C, l'Europe voit déferler sur son territoire des vagues de peuples germaniques qui s'installent à l'intérieur des confins de l'Empire. En 476, le roi germain Odoacre détrône l'empereur Romulus Augustus qui n'aura pas de successeurs. La Vallée d'Aoste passe sous l'influence puis la domination directe des Burgondes. Après une parenthèse de 500 ans, l'ancien pays des Salasses s'oriente à nouveau vers les terres de Gaule dont il partagera le sort et l'évolution culturelle et linguistique jusqu'en 1860.

Le Moyen-Âge

Après la fin de l'Empire Romain, du fait de sa position stratégique, la Vallée d'Aoste fait l’objet de multiples convoitises. Elle est conquise par de nombreux peuples et incluse dans leur royaume. Les Ostrogoths succèdent aux Burgondes. La Vallée d’Aoste est brièvement récupérée par les Byzantins avant d'être occupée par les Lombards. Au VIe siècle elle est incorporée dans le royaume des Francs de Gontran. La Vallée d’Aoste fait ensuite partie de l’Empire carolingien puis du royaume de Boson V de Provence en 879 et enfin du royaume de Bourgogne en 904 avant de devenir, en 1032, un comté contrôlé par Humbert Ier de Savoie. A la fin du XIIe siècle la ville d'Aoste connaît une période de violence et d'anarchie. Les nombreux seigneurs installés dans la ville essaient par tous les moyens d'élargir leur pouvoir et d'imposer leur autorité. Cette situation finit par entraver le développement économique du pays. Les habitants d'Aoste, évêque et clergé en tête, s'entendent alors avec le comte de Savoie pour protéger leurs intérêts. Cet accord est garanti par la Charte des Franchises que le comte Thomas Ier accorde aux habitants d'Aoste et ses faubourgs vers l'an 1191. Il sera ensuite élargi à toute la vallée d'Aoste. Les historiens font généralement remonter à cet acte les origines de l'autonomie institutionnelle valdôtaine. Par celui-ci, le comte s'assure la fidélité de la population et augmente son influence en s'engageant, de son coté, à ne pas exiger ses tributs sans l'autorisation des autorités locales. Compte tenu des caractéristiques naturelles de la région, la noblesse féodale a longtemps un poids prépondérant dans l’histoire politique et sociale et les nombreux forts et châteaux sont les centres de la vie politique, économique et culturelle en plus de leur fonction militaire. La principale famille féodale est la Maison de Challant d’où sont issus les vicomtes d’Aoste dès le début du XIe siècle. Ebal Ier de Challant renonce à ce titre en 1295 au profit de la Maison de Savoie. Dès lors, le sort de la Vallée d’Aoste est lié à la maison de Savoie. Le Comte Édouard le Libéral est le premier à s'intituler « Duc d'Aoste » et à transformer le fief en duché auquel il accorde une large autonomie. Des baillis représentent le comte de Savoie.

La Renaissance

En 1496, la dignité de « Gouverneur et de Lieutenant du duché d’Aoste » est instituée, faisant perdre de l’importance à la fonction de bailli. C’est de cette époque que date la « Chronique de la maison de Challant », la première œuvre historiographique connue sur la Vallée d’Aoste, écrite par Pierre Du Bois. En 1536, suite à l’invasion de territoires des Etats de Savoie par François Ier (ils seront occupés jusqu’en 1559 à l’exception de la Vallée d’Aoste et du comté de Nice), l'assemblée générale des Trois Etats, réunie à Aoste sous la présidence du bailli Mathieu Lostan, décide le maintien de la religion catholique et le respect du pacte de fidélité stipulé entre Valdôtains et maison de Savoie avec la Charte des Franchises. Quelques jours après, le Conseil des Commis est institué. Il est destiné à assumer les pouvoirs politiques, administratifs et judiciaires dans la Vallée d'Aoste. Il s'agit là d'un véritable gouvernement d'Etat indépendant qui signe des traités de neutralité avec les Rois de France, organise une armée et établit à Aoste un Hôtel des Monnaies où on frappe, à partir de 1549, des pièces à l'effigie du duc de Savoie. Tout en réservant les droits de la Maison de Savoie, le conseil développe une intense activité diplomatique qui débouche sur la signature à partir de 1537 de traités de neutralité avec le roi François Ier  puis avec son successeur Henri II qui évitent à la vallée d’Aoste d’être occupée par les troupes françaises. Le Conseil des Commis poursuit son activité jusqu’au XVIIIe siècle. La mise en oeuvre par le roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne de réformes inspirées par le Siècle des Lumières portera un coup fatal à cette institution féodale. Le duc Emmanuel-Philibert, rétabli dans les États de Savoie en 1559, déclare par l’édit de Rivoli du 22 septembre 1561, le français langue officielle en remplacement du latin pour la partie ouest de son duché et la Vallée d’Aoste.

XVIIe et XVIIIe siècles

En 1630, la peste tue deux tiers des habitants. À la fin du siècle et au début du suivant, la Vallée d’Aoste est occupée deux fois par les troupes françaises, en 1691 et entre 1704 et 1706. En 1777, la culture de la pomme de terre est introduite dans la Vallée d’Aoste par le notaire Jean-François Frutaz qui la sème pour la première fois à Châtillon. L’Eglise catholique, dotée d’un clergé important et de monastères, a une influence traditionaliste et réactionnaire sur la population. Elle s'oppose aux mesures inspirées du « Despotisme éclairé » prises par Charles-Emmanuel III et par son fils et successeur Victor-Amédée III (suppression du Conseil des Commis, établissement du Cadastre sarde…). La législation qui régissait le régime valdôtain est définitivement abolie après la publication, à Aoste le 24 novembre 1770, des « Royales Constitutions ». C’est la fin des libertés valdôtaines. L'assemblée des Trois Etats ne sera jamais plus convoquée et le Conseil des Commis, de plus en plus réduit en nombre, n'aura dorénavant qu'une fonction de consultation. Cette institution valdôtaine qui administra la Vallée pendant plus de deux siècles s'éteindra, en 1859, avec le décès de ses deux derniers membres : l'avocat Louis Christillin et l'évêque André Jourdain.

XIXe siècle

Au cours de la Révolution française, l’influence cléricale perdure. La vallée d’Aoste est d’abord occupée en 1796 puis annexée « de facto » et enfin « de jure » lorsqu’elle est incluse dans le département de la Doire en 1802. Le Diocèse d’Aoste est même supprimé de 1803 à 1817. Rétrocédée aux Etats de Savoie en 1814, la Vallée d’Aoste cherche à conserver ses traditions et spécificités linguistiques et culturelles. Mais à la suite de la cession de la Savoie à la France (1860), la Vallée d’Aoste est rattachée au Royaume d'Italie en 1861. Le détachement de la Savoie est traumatisant pour les Valdôtains, liés à cette région sœur par au moins huit siècles d'histoire commune, par les mêmes langues (français et patois), par une même civilisation et par des relations sociales et économiques profondes. L'état sarde était bilingue, l'Italie sera italophone à part entière. L'organisation administrative de l'ancien Royaume de Sardaigne et ses lois sont étendues à toute l'Italie, sans aucune adaptation aux différentes réalités locales. Malgré les espoirs de certains Valdôtains, la province d'Aoste, supprimée en 1859, ne sera pas rétablie et la crise économique, au lieu de s'atténuer, s'aggravera. Ainsi entre 1862 et 1911 plus de vingt mille Valdôtains, soit 1/5e de la population totale, sont obligés d'abandonner définitivement leur patrie pour tenter de survivre ailleurs. Malgré le chemin de fer qui depuis 1886 relie la Vallée d'Aoste à la plaine du Pô, pratiquement aucun émigré ne regarde vers l'Italie préférant emprunter, à pied, les anciens cols alpins pour se rendre en France ou en Suisse Romande, les deux pays frères. Mais un autre problème tourmente le gouvernement italien. Bien que le Risorgimento ait été promu sous le signe de l'unité culturelle et linguistique de la Péninsule, au lendemain de l'unité on s'aperçoit que très peu de gens parlent l'italien. Après avoir fait l'Italie il faut faire les Italiens. S'ouvre alors le dernier chapitre de l'assimilation du peuple Valdôtain. En cette fin de siècle, l'école et le service public sont les moyens les plus efficaces que le gouvernement italien déploie pour imposer sa langue, auxquels s'ajoutera ensuite le brassage démographique. On commence par utiliser l'italien dans l'École Normale d'Aoste, destinée à former les instituteurs (1873), puis c'est le tour du collège Saint-Bénin, où se forme l'élite de la société valdôtaine (1888). Les fonctionnaires de l'Etat (Italiens) utilisent leur langue et, à partir de 1881, on plaide en italien au tribunal.

XXe siècle, avant 1922

En réaction, en 1909, le notable Anselme Réan fonde la « Ligue Valdôtaine », titre auquel, en 1912, s'ajoute celui de « Comité italien pour la protection de la langue française en Vallée d'Aoste ». Durant la première guerre mondiale, les difficultés des échanges internationaux obligent les industriels à repérer les matières premières et l'énergie à l'intérieur du territoire et la Vallée connaît un développement intense. En 1917, la société Ansaldo construit à Aoste une aciérie gigantesque qui trois ans après comptera 6 000 ouvriers. En basse vallée s'installent la Soie à Châtillon et la Brambilla à Verrès. Les nouvelles industries (toutes italiennes) préfèrent embaucher des Italiens, provenant des régions pauvres de l'Italie du Nord et du Centre. Ainsi, les 1 500 Valdôtains morts sur les champs de batailles (2% de la population totale) sont aisément remplacés par des italophones. Un recensement effectué en 1920 démontre cependant que 80 % de la population valdôtaine demeure francophone. En 1920 débute aussi, en Vallée d'Aoste, la propagande fasciste. Dans un premier temps, au regard de la situation linguistique du Pays, les dirigeants du parti envisagent, pour être mieux compris par la population, de mener leur campagne… en français.

XXe siècle, entre 1922 et 1943

L’accession de Mussolini au pouvoir représente le début d'une dictature qui va durer une vingtaine d'années. Confirmé dans son pouvoir par les élections du 1924, le « Duce » dissout les partis politiques et supprime la Chambre des députés. Les conseils communaux sont abolis et les syndics sont remplacés par des « podestà » nommés par le gouvernement. La politique fasciste est encore plus nationaliste que celle de ses prédécesseurs. A l'intérieur de l'Etat, il se propose explicitement d'éliminer les minorités linguistiques, par l'imposition de l'usage exclusif de l'italien. En Vallée d'Aoste, l'usage et l'enseignement des langues maternelles sont interdits (R.D. du 22 novembre 1925, no 2191), les services publics n'embauchent que des fonctionnaires venus d'autres régions, ce qui oblige les usagers à utiliser la langue italienne. Le régime encourage également l'immigration massive d'italophones et l'émigration des populations locales. En 23 ans, de 1921 à 1944, la Vallée recevra 37 500 immigrés et verra partir 26 000 Valdôtains. Le tout, sur une population totale de 80.000 personnes. Entre 1923 et 1925, le gouvernement supprime les écoles de villages où l'enseignement était encore donné en français, fait effacer toutes les enseignes et les inscriptions en français ou même bilingues, italianise les noms des rues d'Aoste, interdit les journaux français (le Duché d’Aoste, le Pays d’Aoste, la Patrie valdôtaine) et l’usage du français dans la presse. En 1926 est créée la province d'Aoste. Loin d'être une reconnaissance du particularisme valdôtain, cette nouvelle province qui englobe les très peuplés Canavais et la ville d'Ivrée, rend en fait les Valdôtains numériquement minoritaires chez eux. Entre 1928 et 1929, les noms des communes valdôtaines sont remplacées par des noms italiens forgés pour l'occasion (ainsi, par exemple Châtillon devient Castiglion Dora). Dans les années 1932-1935, l'évêque Francesco Imberti  remplace le français par l'italien à l'église, au Séminaire, au catéchisme et dans les registres paroissiaux. Le pouvoir décide aussi d’italianiser les noms de famille. Mais l’ordonnance du 22 juillet 1939 ne sera pas vraiment suivie d’effets. Dès les premières années du régime, la réaction au processus d'italianisation forcée s'organise. Déjà en 1923 un premier « Groupe valdôtain d'action régionaliste » est constitué à Châtillon dans le but « d'organiser une résistance à l'envahissement progressif de l'italien au détriment du français » et de « regrouper les jeunes afin de les préparer, de notre mieux, à la lutte inévitable et très prochaine pour la conquête de nos libertés régionales ». Cette initiative sans grand résultat représente cependant le prélude à la fondation, en 1925, de la « Jeune Vallée d'Aoste ». Cette nouvelle association s'organise autour de deux personnages : l'abbé Joseph-Marie Trèves et le jeune Émile Chanoux, véritables auteurs de la renaissance de l'esprit d'identité valdôtaine. Elle regroupe des étudiants, des employés, des agriculteurs, des prêtres, des enseignants et des ouvriers. Malgré des identifications politiques diverses, elles ont en commun la volonté d’œuvrer pour réveiller les consciences des Valdôtains et préparer pour la Vallée d'Aoste de demain un projet politique nouveau, basé sur le principe de l'autodétermination des peuples. La dégradation des rapports entre l'Italie et la France, en 1939, a des effets immédiats en Vallée d'Aoste, où les italophones s'acharnent encore plus contre toutes traces de langue française subsistant. Le 10 juin 1940, alors que l'armée française est déjà battue sur le front allemand, le « Duce » déclare la guerre et ordonne l'invasion de la France. Ce sont les Valdôtains du « battaglione Aosta » qui doivent tirer sur leurs frères tarentins et savoisiens et occuper la Savoie. Un fait sui suscite un grand émoi en Vallée d'Aoste.

XXe siècle, 1943 et 1944

Le 8 septembre 1943, avec la signature de l'Armistice et la création de la République fasciste de Salò, l'Italie est divisée en deux zones : le sud contrôlé par les alliés anglo-américains, le nord par les fascistes et l'armée allemande qui devient « de facto » force d'occupation. En Vallée d'Aoste, un premier réseau de résistance antifasciste s’organise. En fait, deux réseaux s’organisent parallèlement : une résistance régionale, qui reconnaît en Émile Chanoux, apôtre de l'autodétermination du peuple valdôtain, son chef incontesté, et une résistance italienne, dirigée par le Comité de Libération National de la Haute-Italie (CLNAI), qui agit en liaison avec les alliés anglo-américains. Chanoux estimait qu’il fallait repenser l'Etat centralisateur sur une base fédéraliste, la seule pouvant garantir un véritable respect des différents peuples englobés dans l'Etat (déclaration de Chivasso du 19 décembre 1943) mais également poser la question valdôtaine sur le plan international, l'aspiration à l'autodétermination du peuple valdôtain ayant peu de chances d’être soutenue par les Italiens. Cette requête d'autodétermination se fondait sur l'article premier de la Charte de l'Atlantique, signée par Roosevelt et Churchill le14 août 1941, qui invitait toutes les nations à combattre pour la liberté contre les nazi-fascistes, en promettant à tous les peuples, une fois le conflit terminé, la reconnaissance de leur droit à l'autodétermination. Mais dès le printemps 1944, le CLNAI, le Comité de Libération National du Piémont (CLNP) et les partis « italiens » prennent des contre-mesures, notamment en coupant les financements, envers l'action régionaliste pour prendre, de l'extérieur, la direction de la résistance en Vallée d'Aoste en se substituant à Chanoux. Le 18 mai 1944, ce dernier, dénoncé par un agent double, est arrêté, interrogé et torturé à mort par la police fasciste. Par crainte d'une insurrection populaire, la nouvelle de sa mort ne sera donnée qu'après les funérailles, célébrées en toute hâte et en cachette à Villeneuve. Cependant, les idéaux autonomistes, séparatistes et bientôt annexionnistes (à la France) continuent de se développer au sein de la population. Des délégations valdôtaines sont envoyées en France pour prendre contact avec les autorités afin d'obtenir leur appui.

XXe siècle, 1945 et 1946

Par la volonté du général de Gaulle, à l'intérieur de la « Mission des Alpes », est créé un détachement spécifique chargé de suivre de près la situation valdôtaine et de préparer l'action militaire : la « mission Mont Blanc ». Initialement, les alliés anglo-américains avaient refusé aux troupes françaises le droit de pénétrer en Vallée d'Aoste. Néanmoins, le 25 avril 1945, les troupes françaises cantonnées en Tarentaise et en Savoie reçoivent l'ordre d'entrer en Vallée d'Aoste. Entre le 28 et le 29 avril, l'armée française franchit les cols : le Petit-St-Bernard à la Thuile, le Col du Mont à Valgrisenche et le Col de Rhêmes-Goletta à Rhêmes, où la compagnie antichars se heurte aux « alpini » envoyés par le major Adam pour contrecarrer l'entrée des Français dans la Vallée. La « mission Mont Blanc », dirigée par le docteur Voisin, établit son siège à Introd, à l'hôtel Breuil, d'où elle déploie, en collaboration avec le Comité Valdôtain de Libération (CVL), une intense activité diplomatique et de propagande pro-française. 25 000 fiches demandant une consultation populaire en faveur du rattachement de la Vallée à la France sont distribuées à autant de chefs de famille valdôtains. En quelques jours 21 978 adhésions, soit 88 % des fiches envoyées (ce qui représente une très confortable majorité d'électeurs), sont récoltées. Le 18 mai 1945, premier anniversaire de la mort de Chanoux, une imposante manifestation est organisée à Aoste. Pour l'occasion, une délégation du CVL présente au préfet Passerin d'Entrèves et au major Howell, officier d'état-major britannique, la requête officielle de plébiscite en vertu de l'article premier de la Charte de l’Atlantique. Comme il paraît clair que la majorité du peuple valdôtain se serait exprimé pour un rattachement de la Vallée à la France, cette requête n'aura jamais de suite. Au début du mois de juin, suite à l'intervention directe de Truman auprès du général de Gaulle, la France est obligée de retirer ses troupes cantonnées en Vallée d'Aoste. Le 7 septembre 1945, sous la pression de Frédéric Chabod, premier président du Conseil de la Vallée d’Aoste, qui souhaitait bloquer les revendications séparatistes des Valdôtains par le biais de concessions essentiellement formelles, deux décrets-loi italiens promulguent un statut provisoire accordant à la Vallée d'Aoste un semblant d'autonomie. Entre temps, le centre de l'activité diplomatique en faveur d'un libre plébiscite en Vallée d'Aoste se déplace à Paris, où se retrouvent un certain nombre de partisans valdôtains qui ont abandonné leur Vallée avec les troupes françaises. Des contacts sont pris avec toutes les organisations d'émigrés valdôtains. Un « Comité d'Action pour la Liberté de la Vallée d'Aoste » est constitué au cours de l'hiver 1945. Ce comité, en liaison permanente avec des notables valdôtains, organisera, le 26 mars 1946, à Aoste, une deuxième imposante manifestation en faveur du droit à l'autodétermination du peuple valdôtain. A la veille de la manifestation, pour essayer d'empêcher que l'évènement ne jouisse d'un écho international, les journalistes français sont arrêtés par les carabiniers italiens. La manifestation aura cependant un très grand succès. Mais malgré cet événement, malgré les résultats de la Conférence de Londres qui classait la Vallée d'Aoste parmi les zones ayant droit au plébiscite, malgré l'intense activité déployée par le Comité d'Action auprès des ambassades siégeant dans la capitale lors de la Conférence Internationale de Paix qui se tiendra à Paris au mois de juin 1946, aucune des 21 délégations ne plaidera en faveur du droit de la Vallée d'Aoste à une garantie internationale. Les enjeux économiques et politiques liant autorités italiennes et alliés anglo-américains, l'action diplomatique du Vatican, opposé à une reconnaissance internationale de la cause valdôtaine et l’attitude ambiguë de certains dirigeants de l'Union Valdôtaine d'Aoste qui, au moment décisif, ne se saisirent pas de la requête précise de la Nouvelle-Zélande qui, seule, s'était déclarée disponible à soutenir la demande valdôtaine firent finalement échouer les aspirations du peuple valdôtain à son autodétermination.

XXe siècle, depuis 1946

Le 26 février 1948 sera votée la loi constitutionnelle italienne N.4 portant sur le « Statut spécial de la Vallée d'Aoste », texte encore plus liberticide à l’égard de l’autonomie que les deux décrets-lois de septembre 1945. Durant de nombreux siècles, la Vallée d’Aoste a vécu seulement d’agriculture et d’élevage. Avec la profusion de petites propriétés souvent insuffisantes à la subsistance des paysans, ceux-ci furent contraints de se déplacer en France ou en Suisse pour des travaux saisonniers ou à émigrer définitivement. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’on constate une inversion de la tendance démographique et économique, avec un développement touristique et industriel qui produit un phénomène immigratoire. Actuellement la région, qui a une population de 123 978 habitants dont 4 976 étrangers, a un revenu parmi les plus élevés d’Italie. Malgré une politique des autorités locales, parfois volontariste, souvent superficielle, les langues de la Vallée d’Aoste, le français et le francoprovençal, sont en voie de disparition dans leur usage quotidien.