Union Valdôtaine de Paris

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Lausanne célèbre la Vallée d'Aoste

uvgeneve_ptPlus de six cents personnes ont visité l’exposition organisée par l’Union Valdôtaine de Lausanne du 15 au 26 novembre. Le Forum de l’hôtel de ville a accueilli cet événement intitulé Val d’Aoste, une terre, un peuple. La municipalité de Lausanne a pleinement soutenu cette initiative de l’Union Valdôtaine de Lausanne (UVL), seule association suisse de l’émigration valdôtaine à être encore en activité.
La manifestation se présentait en trois volets : une série de très belles photographies prises au début du XXe siècle par l’abbé Bionaz, dans le secteur de Saint-Nicolas, représentant les étapes de la vie : baptême, communion, confirmation, conscrits, mariage et enterrements ; des photos, illustrations et textes consacrés à l’émigration valdôtaine, notamment en Suisse ; enfin, la Vallée d’Aoste d’aujourd’hui et son offre touristique. Une exposition qui a suscité un vif intérêt auprès de la municipalité lausannoise. Lors de l’inauguration, Oscar Tosato, membre de l’exécutif de la ville, chargé de la direction de l’enfance, de la jeunesse et de la cohésion sociale, a tenu à souligner combien il était impressionné par la connaissance et le soutien des autorités valdôtaines à son émigration. « Les émigrés valdôtains ont contribué à faire de la Suisse ce qu’elle est aujourd’hui » a-t-il expliqué avant de rendre hommage aux Valdôtains de Suisse qui ont mené un combat contre le fascisme.
Parmi eux, Victor Durous, originaire de Montjovet, auquel son fils, Raymond Durous, ancien président de l’UVL, a rendu un vibrant hommage dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, Victor le Conquérant, l’un des plus poignants témoignages qui aient jamais été écrits sur l’expérience humaine de l’émigration valdôtaine.
Egalement présent à l’inauguration de l’exposition, Laurent Viérin, assesseur à l’Education et à la Culture, a exprimé sa gratitude pour l’initiative de l’UVL. « Les émigrés ont toujours la Vallée d’Aoste dans le cœur et la Vallée d’Aoste a toujours ses émigrés dans le cœur » a-t-il affirmé tout en soulignant que si la Vallée d’Aoste avait su sauvegarder ses traditions, elle était aussi tournée vers l’avenir. Il a ainsi particulièrement « apprécié le volet consacré à l’identité moderne de la Vallée d’Aoste, mettant en valeur sa pluralité linguistique, Italienne, francophone, franco-provençale et walser, dont nous sommes fiers, et les atouts de son offre culturelle et touristique ». Il a aussi lancé un appel aux jeunes à rejoindre les associations d’émigrés.

La participation des jeunes
Leitmotiv des autorités valdôtaines depuis plusieurs années, la participation des jeunes aux activités de l’émigration valdôtaine est en effet une des difficultés partagées par l’ensemble des associations regroupées au sein du Comité Fédéral des Sociétés d’Emigrés Valdôtains (Cofesev). Présidente de l’UVL depuis 2004, Anna Hayward-Modica ne fait pas mystère de la difficulté à attirer les jeunes issus de l’émigration valdôtaine. Même si plusieurs générations étaient présentes à l’inauguration, ce qui est déjà un succès. « La réalisation de ce type de manifestation contribue à un renouveau de nos associations » explique-t-elle. Les faits lui ont donné raison. Parmi les centaines de visiteurs, des jeunes sont venus témoigner de leur ascendance valdôtaine et de leur attachement à la Vallée d’Aoste. D’autres participent déjà à l’association.
C’est le cas de Stefano Crétier, qui a participé à l’élaboration de la manifestation. « Cette exposition explique les contraintes et les moments de détresse qu’ont pu connaître les émigrés. Rappeler l’histoire permet de vivre avec conscience son histoire aujourd’hui » estime-t-il. Originaire de Saint-Vincent, il étudie depuis deux ans et demi à l’université de Genève où il achève un master en droit du vivant à l’issue de trois années consacrées à la biotechnologie à Pavie. Le choix de Stefano Crétier est presque un choix militant. Il a en effet choisi la Suisse afin de continuer ses « études en français tout en restant proche de la Vallée d’Aoste » où il effectue des séjours réguliers. Une expérience qui lui a permis de « mieux connaître le système fédéral helvétique, sa situation linguistique et sa démocratie directe ». Très attaché aux racines culturelles et historiques de la Vallée d’Aoste, il a effectué des séjours en France et en Belgique grâce au soutien des autorités valdôtaines et a représenté la Vallée d’Aoste en 2009 du Parlement francophone des Jeunes. Fondant, dans la foulée, l’association Jeunes francophones en action, le réseau des délégués du Parlement Francophone des Jeunes et des Parlements Nationaux des Jeunes.
Stefano Crétier est l’un de ces nouveaux émigrés qui rappellent, même si elle est très différente désormais, la longue émigration des Valdôtains vers la Suisse. Les émigrations temporaires du XIXe siècle ont été précédées par des échanges entre la Suisse et la Vallée d’Aoste plus anciens qui ont donné dans la Vallée de Gressoney la langue walser. Et engendré également le plus illustre des « Valdôtains de l’extérieur », Juan Jacobo Arbenz, président du Guatemala de 1951 à 1954. Un descendant direct de la famille Arbenson émigrée de Vallée d’Aoste vers la Suisse à la fin du XVIe siècle. Au-delà de ce personnage illustre, on estime aujourd’hui à une dizaine de milliers le nombre de Suisses d’origine valdôtaine. Des associations les ont regroupés dans diverses associations à Genève, Lausanne, Montreux ou Vevey. La plus ancienne a été fondée en 1879 à Genève. Celle de Lausanne a été créée en 1904.

Redécouvrir ses racines
C’est à l’occasion de l’exposition qui vient de s’achever que Micheline Pilet-Quendoz, originaire de Jovençan, a découvert que son aïeul, Cyprien Quendoz, était non seulement fondateur de l’Union Valdôtaine de Lausanne mais avait occupé la fonction de caissier de l’association dès sa fondation. Elle évoque ses voyages en Vallée d’Aoste et la redécouverte chaleureuse de sa famille restée au pays. L’un de ses arrières-grands oncles, Séverin Quendoz est arrivé à Lausanne en 1867, après avoir, comme tant d’autres, passé le Grand-Saint-Bernard à pied, pour rejoindre ses frères et travailler comme ramoneur. Il a ouvert un magasin de combustible, en 1876 à la Cheneau-de-Bourg, devenu depuis une maison prospère.
Raymond Durous se souvient quant à lui qu’une des caractéristiques de l’émigration valdôtaine vers la Suisse au sortir de la Seconde Guerre mondiale était d’être très féminisée. « Les Valdôtaines travaillaient notamment dans l’hôtellerie et comme effeuilleuses dans les vignes. Les principaux tonneliers de Lausanne étaient des Valdôtains » explique-t-il. On peut encore voir accolé à la porte d’une entreprise lausannoise désaffectée, après avoir abrité durant des décennies un tonnelier valdôtain, l’autocollant « No predzen patoué » bien connu en Vallée d’Aoste dans les années 1970.
Le bilan de l’exposition qui vient de se tenir à Lausanne est très positif. De nombreux contacts et des visiteurs qui ont découvert la Vallée d’Aoste. « Nous avons manqué de documents touristiques » indique Anna Hayward-Modica, la présidente de l’UVL. « Les visiteurs ont beaucoup apprécié l’ensemble de l’exposition. Aussi bien les gens d’origine valdôtaine, comme cette famille d’Annecy dont le fils est journaliste à Genève et qui ont découvert la manifestation par hasard, que les Lausannois qui ont vu la Vallée d’Aoste sous un autre visage. Un visiteur pensait même que c’était une partie du Tessin ».
Des visiteurs qui devraient se rendre en vallée d’Aoste pour une première visite dès cet hiver ou l’été prochain et qui, pour certains, pourraient gonfler à terme les effectifs de l’Union Valdôtaine de Lausanne qui a eu l’intelligence, pour assurer sa survie, de s’ouvrir à tous les amis de la Vallée d’Aoste. A l’instar de Sauro et Elisabeth Carciani, lui émigré des Marches et elle infirmière Suissesse alémanique, devenus des inconditionnels de la Vallée d’Aoste où ils ont acheté une maison et membres du conseil d’administration de l’UVL depuis une dizaine d’années.
L’Union Valdôtaine de Lausanne a prolongé la fête en organisant le 18 décembre son Arbre de Noël.
Didier Bourg.
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